20.01.2008

Manifestation à Paris contre l'enfermement des sans-papiers

 
MANIFESTATION A PARIS
CONTRE L'ENFERMEMENT DES SANS-PAPIERS
 

Entre 2 900 personnes, selon la police, et 3 500 selon les organisateurs ont dénoncé l’enfermement des sans-papiers lors d’une marche samedi jusqu’au centre de rétention de Paris-Vincennes, où de légers incidents se sont produits avec les forces de l’ordre. "Arrêt des rafles, arrêt des expulsions, fermeture des centres de rétention", scandaient les manifestants, parmi lesquels de nombreux militants du Réseau Education sans frontières (RESF), des parents d’élèves de la FCPE, des collectifs de sans-papiers et des membres de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), de la CGT, la LCR, la CNT et LO. "Je ne sais pas quelles sont les préoccupations de M. Hortefeux mais si un jour les manuels d’histoire consacrent quelques mots à son action, ce ne sera pas au chapitre des droits de l’Homme", a déclaré à l’AFP Richard Moyon, porte-parole de RESF, en tête du cortège. A ses côtés, se trouvaient Arlette Laguiller (LO), Denis Baupin (Verts), Olivier Besancenot (LCR) et Mouloud Aounit (Mrap). "On assiste à des désastres de vie ! L’émigré est déshumanisé, il est devenu un chiffre de statistique : regardez cette femme turque de 89 ans, sans mobilisation, elle était expulsée !", a déclaré M. Aounit. De nombreux collectifs de sans-papiers — essentiellement originaires d’Afrique sub-saharienne — grossissaient le cortège, parti symboliquement de la Cité de l’Immigration, porte Dorée à Paris. "On bosse ici, on vit ici, on reste ici", chantaient ces hommes dont 90 % travaillent, selon eux, dans le bâtiment, la restauration et le nettoyage. Un manifestant, qui tient à conserver l’anonymat, est arrivé il y a six ans en France et travaille pour "une chaîne de restauration cotée au CAC 40" : sifflet à la bouche et slogans à revendre, il demande la "régularisation des travailleurs, sans condition". Après deux heures de marche dans une ambiance bon enfant le long du bois de Vincennes, les manifestants ont gagné le centre de rétention administratif (CRA) de Paris-Vincennes, dont un pan entier, protégé par une double rangée de barrières et des gendarmes mobiles, fait face à l’hippodrome. Là, des incidents ont opposé des manifestants aux forces de l’ordre, jets de pierres contre tirs de grenades lacrymogènes. "Libérez les sans-papiers", criaient les manifestants, adressant des gestes de sympathie à des sans-papiers du centre. Vers 17 heures, alors que la plupart des manifestants s’étaient dispersés, environ 70 personnes ont gagné l’Institut national du sport (INSEP), à proximité, afin d’attirer l’attention sur la "différence de traitement entre un étranger qui serait sportif de haut niveau et naturalisé rapidement et les étrangers en instance d’expulsion", retenus dans le CRA. Ils ont quitté l’INSEP aux alentours de 20 heures, a indiqué à l’AFP le 9e collectif de sans-papiers, en précisant qu’il avait l’intention de contacter le secrétaire d’Etat aux Sports, Bernard Laporte, sur ce sujet.

(AFP) PARIS, 19 janvier 2008

08.10.2007

Contre une politique criminelle

CONTRE UNE POLITIQUE CRIMINELLE
 
Devant l’immeuble où Madame Zhang Liu s’est défenestrée, Maurice Rajsfus a souligné que cette mort est le produit de la mise en place consciente de véritables rafles. La politique de Sarkozy et d’Hortefeux est criminelle : l’objectif maintenu de 25 000 expulsions provoquera de nouveaux drames.

Un rapport de l’Union européenne estime que plus de 3000 migrants ont péri en Méditerranée, entre 1999 et 2004, en tentant de rejoindre l’Europe forteresse. Lors de sa tournée africaine, Sarkozy a nié le rôle du néocolonialisme, des multinationales françaises, de l’État français. Il a présenté « l’homme africain » comme naturellement incapable de « s’élancer vers l’avenir » et de « s’inventer un destin ». La politique de Sarkozy est la poursuite d’un rapport de domination impérialiste vis-à-vis du Sud.

Le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, Brice Hortefeux, veut que tout sans-papiers soit « reconduit dans son pays d’origine, de manière volontaire ou, s’il le faut, contrainte ». La politique de l’immigration est l’autre face de l’offensive sociale. Pour détourner la colère populaire, il faut des boucs émissaires. Sarkozy ne se contente pas de reprendre l’électorat de Le Pen, il met en œuvre une partie de son programme.

Sur le terrain, la résistance s’organise : le Réseau éducation sans frontières (RESF), les comités de sans-papiers, parfois les syndicats, mobilisent contre une répression croissante. Florimond Guimard, enseignant et militant du RESF à Marseille, comparaît le 22 octobre devant le tribunal d’Aix pour délit de solidarité. Une condamnation pourrait le faire radier de la fonction publique. Le RESF mobilise pour Florimond, ainsi que pour les autres « délinquants de la solidarité ». Ce sera une des dimensions de la mobilisation du 20 octobre. En riposte à la lettre d’intimidation que les préfets ont envoyé aux maires qui ont parrainé des sans-papiers, le RESF et Patrick Braouezec ont organisé un parrainage de sans-papiers, dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, le 2 octobre. Le 3, les employés de l’Ofpra étaient appelés à la grève contre la loi Hortefeux et ses conséquences, par les syndicats CGT et Asile.

Au PS, la confusion est grande. La logique qui y prévaut est fondée, comme celle de Sarkozy, sur le contrôle de l’immigration. Les différences portent sur les « formes ». Nous pensons, au contraire, que la gauche, pour être crédible et utile aux luttes, doit être « décomplexée » et clairement solidaire de tous ceux qui résistent à l’offensive raciste. L’immigration n’est pas un problème. Non seulement nous exigeons l’arrêt des rafles, mais la seule solution est la régularisation des sans-papiers. Il faut établir un droit à l’immigration fondé sur la liberté de circulation et d’installation. Ne ménageons pas nos efforts pour assurer le succès de la journée nationale de mobilisation du 20 octobre, à l’appel de l’Uni(e)s contre une immigration jetable (Ucij), du RESF et des collectifs de sans-papiers, contre le projet Hortefeux et le délit de solidarité. À Paris, la manifestation unitaire partira de Belleville.

Antoine Boulangé, Emmanuel Sieglmann

Rouge, n° 2221